Carnet d’été : Sur les chemins de la transhumance
Ici, la transhumance fait partie du paysage. On la reconnaît au tintement des sonnailles, ces cloches que les brebis portent au cou, aux sabots qui soulèvent la terre, aux villages qui s’arrêtent un instant pour regarder passer le troupeau. C’est une fête, bien sûr. Mais c’est surtout une manière de vivre le territoire. Une mémoire qui marche encore. Une façon ancienne, et pourtant très actuelle, de comprendre que la terre, les bêtes et les hommes avancent ensemble.
On connaît ces paysages depuis toujours. Les vignes, les garrigues, les vallées cévenoles, les drailles, les causses. Ils font partie de notre pays. On les traverse souvent sans penser à ce qui les relie. Puis un jour, on suit le fil d’un troupeau et tout change un peu. Les reliefs prennent un sens. Les chemins racontent autre chose. Une bordure de vigne, une herbe rase, une lavogne sur le causse, un muret de pierre sèche : chaque détail devient la trace d’un usage, d’un passage, d’un équilibre.
C’est aussi cela, l’agropastoralisme . Un mot un peu sérieux pour dire quelque chose de très simple : des brebis qui vivent avec les terres. Au Mas de Janiny, dans l’Hérault, elles pâturent les vignes une partie de l’année, entretiennent les bordures, ouvrent les garrigues, nourrissent les sols en passant. Plus haut, à Cavaladette, sur le Causse Méjean, elles retrouvent l’été, l’espace, l’herbe des plateaux. Entre les deux, il y a des kilomètres, des reliefs, des histoires, et cette vieille intuition paysanne : on ne force pas un territoire, on apprend à marcher avec lui.
Alors on a décidé de le raconter, à notre manière. Pas comme un guide. Pas comme une carte postale. Plutôt comme un carnet. Cinq étapes, cinq paysages, cinq moments pour suivre ce que la transhumance réveille en nous . Le bas pays, la garrigue, la montagne au loin, les drailles cévenoles, puis le causse ouvert sous le vent.
On y parlera de brebis, bien sûr. Mais aussi de gestes. De bergers qui observent, de chiens qui veillent, de clôtures déplacées au matin, de laine encore chaude sur le dos des bêtes. Car au bout de ces chemins, il y a aussi une matière. Une laine née d’un troupeau, d’une saison, d’un territoire. Une laine qui dit quelque chose de notre façon de faire : respecter le rythme, regarder ce qui existe déjà, laisser le vivant reprendre sa place.
Ce carnet, c’est notre façon de vous emmener avec nous. Pas à pas, du Mas de Janiny dans l’Hérault jusqu’aux plateaux du Causse Méjean en Lozère. À hauteur d’herbe, de bête et de regard. Pour comprendre ce que la transhumance raconte encore aujourd’hui. Et pour sentir, peut-être, qu’un fil de laine peut contenir bien plus qu’une matière : un pays tout entier.